Listen to this, 2017 acrylique sur toile 130 x 195 cm

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« New York Notes »

Le peintre nous aide a comprendre que la vérité de l’écriture est dans la main qui appuie, trace et se conduit, c’est-a-dire dans le corps qui bat, (qui jouit) ».  Roland Barthes

Déconnecter le mental pour accorder le pouvoir aux émotions. Voici une clé pour aborder le travail de Vicky Barranguet, dont les dernières œuvres sont exposées à la galerie Teodora à Paris. Si l'œil s'amuse à découvrir ici le bord d'un lac, là, des jardins luxuriants au printemps, une orgie de fleurs ou une cascade de végétations, l'artiste revendique une peinture abstraite, dans la veine de l'expressionnisme abstrait plus précisément. Exit toute tentative de narration. Lorsqu'elle peint, elle est dans l'instant, dans le temps present et se laisse guiderpar une esquisse de souvenir, une sensation de bonheur, de tristesse, l'impression laissée par un événement qui lui est personnel ou en lien avec l'actualité de notre monde. Les titres de ses œuvres nous renvoient d'ailleurs à un champ plus poétique que descriptif : Sense of perception, Start out by Dreaming, Magic Dialogue, Escaping Speculation... Ses tableaux sont ainsi autant de tentatives de définitions des contours d'une réalité sensible qui échappe aux mots. De toile en toile, elle nous livre une autobiographie dans laquelle ces mots justement cèdent le terrain aux couleurs, aux lignes, aux coups de pinceaux. Et un point important dans le travail de Vicky Barranguet est bienl'abandon au geste. Palette dans la main gauche, pinceau large dans la main droite, elle entame un ballet au début duquel elle écrit ses premiers « mots » à l'aide de traces noirs. La couleur ne tarde pas à s'inviter, vive et lumineuse, posée sur la palette et mélangée sur la toile. L'artiste se confronte à son support accroche au mur avec une certaine assurance et une jouissance, tout en étant portée par un besoin impulsif qui lui impose cette chorégraphie faite de gestes amples déployés. La peinture glisse et coule, étirée ou projetée en éclaboussures. Sur un même tableau, la matière est tout à la fois épaisse et fine, liquide et dense, transparente et opaque : une grammaire très riche qu'elle manie avec une grande souplesse pour créer l'harmonie et la dynamique des compositions. Elle joue des différentes touches comme un musicien des nuances lorsqu'il interprète une partition, passant du pianissimo au forte en un instant, relevant le pinceau devant le soupir, imposant des piques et des déliés tel un chef d'orchestre. Elle condense toute cette énergie dans le cadre limite de la toile pour une symphonie improvisée. En effet, pas de dessin préparatoire puisque tout se passe dans l'instant. Seules les toiles sont les témoins de la scène. Face aux œuvres de Vicky Barranguet, on ne peut s'empêcher de percevoir une filiation avec des artistes comme Claude Monet, Sam Francis, Joan Mitchell ou même Zao Wou-Ki. Lorsqu'on traite du geste, de l'instant et du rapport a l'espace, l'Orient jamais très loin. Elle se positionne en héritière des grandes questions de la peinture du XXe siècle : la question du sujet et de son effacement au profit de la peinture en tant que telle, le rapport en l’ombre et la lumière, l’équilibre des vides et des pleins, le mouvement...
Une quête sans fin de la peinture.

Stéphanie Pioda

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25 rue de Penthièvre 75008 Paris
du mardi au samedi de 11h à 19h