Martin Reyna 2015

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du mardi 22 Septembre au samedi 29 Novembre 2015  VERNISSAGE le mercredi 7 Octobre à 18h

A l’Horizon de la Couleur

La peinture de Martin Reyna a une force et une puissance qui se nourrissent d’une dialectique des contraires. Elle est la force motrice dans son oeuvre. Si on met l’accent sur les traits saillants de son oeuvre, d’emblée s’affirme un art de conjuguer maîtrise et déprise. Martin Reyna marie avec une aisance impressionnante le va et vient entre le tendu et le relâché, le liquide et le solide. Ce qui se donne comme antinomique devient dans sa peinture complémentaire. Sa palette arrive à associer le chtonien et le céleste, le solaire et le crépusculaire.

Du solide et de la matière

A parcourir le chemin de son oeuvre depuis ses premières peintures, ce qui ressort c’est la permanence d’éléments structurants et constructifs de l’espace du tableau. Maisons, structures cubiques, arbres, poteaux ou bâtons, tous ces éléments iconiques "tiennent " le tableau. Ils le charpentent. Ils sont des points d’organisation du plan et de l’espace coloré

Dans ses peintures des années 80 on peut rappeler ces  maisons qui fonctionnent comme des points  d’orientation dans la peinture. Il y a aussi ces structures en H, moitié symboles, moitié architectures mythiques. Elles sont les récipiendaires de formes ovoïdes (des ?ufs) suggérant fortement l’idée d’un devenir, comme on passe du point à la tache, de la tache au plan et du plan au champ coloré.  Ces formes sont elles-mêmes le symbole possible de ce qui origine l’humain en l’arrachant au chaos de l’état de nature.

Tous ces éléments à caractère architectonique ou objectal présents dans l’oeuvre de Martin Reyna sont ambivalents. La place, l’inscription ou la signification qu’ils ont dans sa peinture sont réversibles. Ils peuvent être des points structurants qui constituent et organisent l’espace pictural, le charpentent. A l’opposé, ils ne peuvent être que des îlots que la peinture emporte, disperse et engloutit dans son magma. Dans ses oeuvres récentes, ce sont des fragments/blocs de couleur, collés sur la toile (pour les peintures à l’huile), les structures linéaires et les points d’inscription de la couleur de l’aquarelle ou d’un autre médium (pour le papier) qui sont les points nodaux, et ont une fonction de ponctuation et de structuration.

Le fluide comme énergie

Mais dans les grandes aquarelles commencées à la fin des années 90(portées par la recherche d’une gracilité liquide de la couleur), puis plus récemment dans ses grandes peintures sur papier de  2011- 2012, nourries des lumières irradiantes du soleil de la terre argentine, le solide se dissout dans le jus et la coulée pour les premières et se délite voir se démembre sous l’impact de la lumière pour les secondes.

La couleur est une matière qui chez Reyna prend  des consistances et des significations formelles qui jouent aussi du principe d’opposition. Elle peut être dense, épaisse et burinée comme la terre. Elle peut avoir l’opacité d’un sol tout en étant riche de son humus. La couleur est ici un terreau qui irrigue le tableau de sa plasticité. Elle absorbe la lumière et le regard en elle. Elle a une intériorité qui lui donne la solidité d’un mur ou la tessiture d’une chair. Quelque chose dans sa peinture se déploie entre la sensualité de sa pâte et la rugosité de sa surface. La peinture  résulte ici d’un processus de  sédimentation qui sourde la surface et l’enrichit de strates où elle puise les racines de sa texture. Elle prend là quasiment une dimensionhaptique. Elle se donne comme un bloc fixant le regard et l’aspirant en elle. A l’opposé, elle peut être comme le sang de la peinture, ce qui l’irrigue. Sur ce versant où le papier est la terre d’élection, elle devient fluide comme un cour d’eau. La forme se dilue dans le flux. La peinture là s’épanouit dans la transparence, la translucidité et les superpositions avec des couleurs jamais saturées. Elle trouve son bonheur dans les lignes serpentines de l’arabesque. Loin d’occulter la couleur, elles la glorifient en nous entraînant dans ses  arcanes et en nous faisant découvrir les membranes secrètes qui la  font respirer. Et le blanc du papier est lui-même emporté par le rythme et les lacis de la couleur .

La peinture est dans ses oruvres récentes comme un fleuve serpentant entre les pleins et les déliés. Elle est ourlée par ces coulées et tracés que le peintre déploie, mariant la maîtrise et la déprise. La couleur ici se nourrit du support, le transforme en mettant à profit sa porosité relative et en  jouant de la capillarité. Cela lui permet de conjuguer le plus dense et le plus diaphane. Le papier devient le lit d’une rivière dont la couleur est le coeur et la lumière la respiration.

Martin Reyna est tributaire et riche d’une double expérience: celle, essentielle, de la puissance tellurique de la couleur du continent latino-américain. Il faut y inclure une perception de l’espace comme excédant ses limites, à la limite du hors champ, issue du paysage argentin et celle de la couleur de l’art européen et français. Cette  bipolarité se retrouve dans la lumière de sa peinture, de la plus incandescente à la plus assourdie.  Elle se retrouve aussi   dans la place que la géographie argentine a dans  son ?uvre et dans sa  vision du paysage. Cela se voit sur le versant latino-américain par l'importance qu’ont eu des peintres comme Pedro Figari, Armando Reveron, Alberto Greco ou Romulo Maccio; et celle des peintres américains comme Arshile Gorky, Brice Marden ou Sam Francis, des européens, de Monet à Bonnard ou Gérard Gasioroswki, de Turner à Howard Hodgkin ou Pier Kirkeby, Gerhard Richter et  Herbert Brandl. C’est encore en France qu’il  découvre de visu Zao Wou Ki. Tout cela a nourrit son imaginaire pictural et a été la sève d’une peinture qui aujourd’hui atteint sa pleine maturité et est portée par une vitalité impressionnante.

Le paysage est une référence essentielle  dans l’oeuvre de Martin Reyna. Il est le substrat d’une oeuvre dont la palette aux tons contrastés traduit ce que l’on pourrait appeler un sentiment du paysage. Sentiment dont il tire une palette et une recherche d‘intensité. Et ce sentiment, noyau producteur du tableau, est porté et même emporté par l’art qu’a Martin Reyna d’abstraire le pictural du paysage. Cela s’incarne tant dans son geste, que dans sa griffe et la texture de la matière qu’il travaille. Mais progressivement ce qui a envahi sa peinture c’est le champ de la couleur et ses lumières diurnes et nocturnes. Chez Martin Reyna la couleur est passée maîtresse à prendre possession de l’oeuvre, à suinter des replis de la matière, à iriser la peinture des éclats de sa robe et à aveugler le regard de son intensité. Sa peinture est le fruit d’une soif insatiable de conjuguer le hasard et la nécessité et d’un génie à marier l’art de la méthode et l’aléatoire. Il y a en elle quelque chose de l’horizon infini dont il parle parfois.

Philippe Cyroulnik

 

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